Rencontre

Toronto Blue Jays - Boston Red Sox (mardi 11/08 et jeudi 13/08)

Toronto Blue Jays - Boston Red Sox (mardi 11/08 et jeudi 13/08)

Tout d'abord, un peu de contexte.

Je me suis pris au jeu du baseball à chaque fois que j'ai été en contact avec ce sport. Il y'a une dizaine d'années en assistant à un superbe match des Yankees, mais sans en comprendre les règles. Et bon, en Europe rien n'est fait pour nous rattacher à ce sport, pas même beIN qui diffuse ça de manière sporadique.

Puis ces dernières années par plusieurs circonstances favorables : le jeu vidéo MLB The Show qui arrive enfin sur Xbox et dans le Gamepass. Ainsi qu'un voyage en Corée du Sud en 2024 et l'année suivante au Japon où le baseball est le sport national. À chaque fois, je me suis régalé des stades, de l'atmosphère mais aussi du jeu. Et la rencontre post-Corée d'un ami Mathis déjà plongé dans ce sport et deux coïncidences : fan de baseball coréen et également des Toronto Blue Jays. Or, j'ai toujours eu un intérêt pour Toronto d'abord via les Raptors et l'esprit communautaire qui s'en dégage avec tout un pays à soutenir son unique franchise dans des ligues américaines. C'est naturellement l'équipe que j'allais soutenir. Il a pu compléter mon apprentissage des règles, et c'est surtout plus fun à plusieurs de suivre un sport.

Et enfin, la prise de conscience qui allait tout faciliter : la MLB est un sport qui se joue régulièrement à des horaires européennes ! Il fallait me le dire bien plus tôt ! Les équipes jouent toute la semaine, en général plutôt le soir, le lundi et le mardi (donc à 01h chez nous). Mais dès le mercredi jusqu'au dimanche on se retrouve avec des matchs dans l'après-midi chez eux. Donc qui débutent vers 18-21h chez nous. Incroyable. Un League Pass qui permet de partager le compte à plusieurs en cerise sur le gâteau et j'étais lancé pour suivre assidûment la saison des Blue Jays.

Plusieurs mois plus tard, me voici donc ici à raconter un voyage consacré à la MLB de Toronto à Milwaukee, en passant par Detroit puis Chicago. Récit.

Toronto

J'étais là pour 3 jours pour me consacrer uniquement au sport, entre les matchs, le shop officiel et un petit passage par le Masters 1000 WTA de Toronto.

Et ayant déjà visité Toronto à Noël 2024, je ne vais pas discuter de la ville. Les conditions hivernales ou estivales n'apportent pas fondamentalement de différences à la ville. Je vais juste recommander le musée du hockey très complet sur l'histoire et les trophées de ce sport (tout est écrit en français).

On a également des expériences ludiques et accessibles à tous : vous pouvez effectuer des face-à-face en étant l'attaquant ou le gardien, et j'ai beaucoup aimé le plateau TV avec script à lire et un retour TV pour vous prendre de façon très réaliste en un présentateur sportif. Très bonne idée qui peut régaler de nombreux fans.

Voyageant seul cette fois-ci, je vais pouvoir recommander les auberges de chacune de mes destinations. Financièrement, c'était dénué de sens de dormir en hôtel. Là où mes nuits me coûtaient moins de 50€, il fallait compter près de 5x plus pour un hôtel. Et je suis gentil, aux USA je tombais sur du x10 pour commencer à trouver de l'hôtel avec une réputation aussi bonne que mes auberges : le nombre de motel miteux et/ou à l'extérieur des villes...

Pour Toronto, la ville était visiblement une destination touristique pour voir Rush en concert. L'occasion pour moi de discuter avec des argentins venus spécialement pour les concerts du groupe canadien. Et évidemment, l'équipe des Blue Jays ramène tout un pays derrière elle. Alors nombreux sont ceux à prendre des congés et traverser un bout de pays pour voir leur équipe. Jusqu'en 2004, le Canada abritait également une équipe de MLB à Montréal : les Expos. On trouve ainsi encore énormément de gens avec des maillots ou casquettes de cette équipe tristement disparue (délocalisée à Washington). La francophonie canadienne m'a justement permis de parler longuement avec une fan qui vient plusieurs fois tous les ans depuis Montréal. C'est là aussi les bons côtés d'une auberge.

J'étais donc à The Clarence Park. Je recommande hautement l'auberge, située à quelques pas du stade de baseball (Rogers Centre) et de la Scotiabank Arena (salle de basket/hockey/concert). Nombreux salons et fauteuils sur le palier de chaque dortoir pour se détendre à l'extérieur de la chambre. Petit-déjeuner offert pour partir avec quelque chose dans le ventre. Petit parc bien fréquenté devant l'auberge avec petite scène musicale. C'était parfait.

Toronto Blue Jays - Boston Red Sox

A savoir que les équipes s'affrontent sous forme d'une série d'environ 3 ou 4 matchs (en autant de jours) afin évidemment d'optimiser les déplacements, et accessoirement donner un petit bonus à l'intérêt sportif: celui de gagner une série ou sweeper l'adversaire. Dans une saison qui compte 162 matchs, j'aime beaucoup cette narration qui manque à celle d'une saison régulière de NBA qui va exclusivement se consacrer aux récits sur les joueurs.

Je suis arrivé à Toronto pendant le premier match, donc je n'avais pas pris de ticket. Je n'ai pas pu m'empêcher de traîner devant le stade qui était de toute façon sur mon chemin. On peut voir le match à travers quelques TV et grands écrans situés à l'intérieur, et surtout on a les commentaires sur les hauts parleurs extérieurs du stade (et qu'on a pas à l'intérieur du stade).

La billetterie et les "giveaways"

Pour le second match de mardi, j'avais bien ma place prise à l'ouverture des préventes pour environ 35€ en tribune haute mais proche des bases. Pour des raisons déjà énoncées, la franchise de Toronto est l'une des plus populaires de la Ligue (3ème en revenus générés et 4ème en affluence moyenne). Même s'il reste probablement des places à l'approche des matchs (qui se comptent en quelques dizaines sur mes matchs), il n'y a pas de bonnes affaires à réaliser en attendant le dernier moment. Et même si on passe par Ticketmaster, le Canada a des lois plus réglementées donc il n'y a pas de foire à la revente.

Il faut aussi considérer toutes les offres alléchantes liées aux matchs au cours de la saison. Chaque franchise de baseball se renouvelle pour faire venir les spectateurs : il y'a la tradition des "giveaways". Des cadeaux qu'on offre à chaque spectateur, ou aux 2 500, 15 000 premiers, etc mais quelque soit la catégorie de sa place. Et on ne parle pas de porte-clés ici. Ça va jusqu'à des casquettes, t-shirts ou maillots, des figurines, des statuettes, souvent pour rendre hommage à un joueur, événement historique ou une communauté. Et en édition limitée exclusivement pour le match.

Il y'a aussi les offres plus récurrentes liées aux jours et/ou horaires des matchs. Dans mon cas, tous les mardi c'est hot-dog à 1$ (donc 0,60€). Et puisque le but c'est de taper le record, y'a pas de rupture de stock : ils en vendent environ 80 000 pendant ces promotions.

Bref, vous avez compris l'idée. Plusieurs fois par semaine vous pouvez avoir une place pour seulement une vingtaine d'euros (ici et ailleurs) et vous rembourser en quelque sorte votre venue sur de la bouffe ou du merchandising (non sponsorisé !) offert. Le sport du peuple.

Mais où est l'arnaque ? Et bien je ne sais pas. Je suppose que fidéliser c'est déjà le principal gain à long terme des franchises, et la facilité à laquelle on consomme à n'importe quel prix dans les sports américains doit en quelque sorte compenser tout ça.

La bouffe et les buvettes

La bouffe dans les stades de ligues américaines vous amène à près d'une dizaine d'euros pour quelque chose d'aussi simple qu'un hot-dog (CQFD j'en ai bouffé 4 pour 2€40 avec l'offre du mardi j'ai "remboursé" ma place) et jusqu'à 20-30€ pour des plats complets (mais bien 50 à 100% plus chère que dans nos habitudes en Europe). Je peux me faire une raison en me disant qu'on mange dans un lieu qu'on apprécie, un évènement qui nous est sacré, et donc que ça vaut un restaurant même meilleur.

Mais les alcools à une quinzaine d'euros, ça m'échappe. Ne buvant pas d'alcool, j'en ai rien à foutre et je suis déconnecté de la dépendance qui y est liée. Alors je sais qu'en Amérique on ne consomme pas d'alcool comme en Europe (interdit avant 21 ans, interdit dans la rue, etc) mais quelles sont toutes les raisons qui poussent à consommer à ces prix ?

Je parle du cas général américain mais j'apprécie tous les efforts supplémentaires de Toronto dans ce domaine pour être un sport accessible. Ils nous autorisent à entrer avec de la boisson (60cl) et de la nourriture au stade. Même en Europe, c'est devenu de plus en plus compliqué. Alors dans ce cas, pour moi c'est comme à Roland-Garros : tant qu'on me laisse tranquille, "je m'en fous" des prix pratiqués à l'intérieur.

Et même quand il faut payer, y'a des avantages à Toronto : c'est le seul stade où j'ai eu le soda proposé en illimité pour 8€ avec gobelet commémoratif. A ce prix, je signe pour m'envoyer 1l50 par match. Dans les autres stades, on était plus proche de 10€ le gobelet sans pouvoir être servi une seconde fois.

Pour toutes ces raisons et même si à la fin ça reste un business plan, j'apprécie de voir que "ma franchise préférée" fait des efforts à contre-courant des habitudes du sport américain.

Le stade

S'il y'a quelque chose dans lequel les Blue Jays pouvaient moins bien s'en sortir, c'est éventuellement avec son stade. Il pouvait manquer d'identité face aux autres ballparks de MLB. Je pensais d'ailleurs qu'il était plus récent mais c'est finalement un stade ouvert en 1989 donc parmi les plus vieux.

Mais franchement, le Rogers Centre fait le taff pour nous offrir une expérience optimale. Déjà je l'ai dit, le stade est en plein centre-ville. Depuis cette saison, on a une statue devant le stade célébrant les deux titres de la franchise en back-to-back. Tous les joueurs récurrents actuels sont mis en valeur avec des énormes étendards.

Et avantage de sa modernité, le toit rétractable qui assure le bon déroulement de tous les matchs (car c'est un peu comme le tennis sur terre battue : on ne joue plus s'il pleut trop). Et lorsque ce toit est ouvert, on a quand même la vue sur l'emblématique tour de la ville : la CN Tower.

Petit bonus qui n'est pas valable dans tous les ballparks : le bullpen (lieu où les pitchers remplaçants s'entraînent) est à la visibilité de tous.

C'est du quasi parfait jusque dans l'intérieur du stade. Les coursives du niveau inférieur donnent vue sur le terrain, il est donc possible de regarder le match depuis celles-ci. Si vous ne craignez pas de rester debout, vous pouvez donc prendre des places au premier prix et finir par squatter ici pour une vue imprenable sur le terrain et proche des joueurs.

Même si factuellement, pour le prix de ma place on s'en tire déjà très bien même au niveau supérieur.

Attention cependant, cela vous oblige à vous placer un peu en avance avant le début du match voire 60 min avant si vous êtes en groupe. L'avantage d'être seul : c'est plus simple de retrouver un espace pour une personne. L'avantage d'être plusieurs : vous gardez la place de celui qui est parti vous ravitailler.

A défaut d'avoir un musée à part entière, les coursives en font office. Il y'a énormément de choses à voir en faisant le tour du stade.

Et depuis ma venue, ils ont inauguré un Hall Of Excellence toujours accessible de l'intérieur du stade (Level 100).

Ma place mardi :

Secteur 120 Debout derrière le rang 20.

Pour mon second match le jeudi, j'avais pris des places à 20€ en "Outfield District". Cet accès n'intègre justement aucun siège réservé. Elles valorisent le fait de pouvoir se détendre, discuter et consommer, jouer pour les enfants dans la partie "Outfield" (à l'opposé) du stade. Mais vous avez en réalité accès à toutes les coursives du stade.

L'atmosphère

Je n'avais pas trop de doute sur l'atmosphère. Dès le matin, se promener dans la ville a un parfum particulier. Parce qu'ils viennent de partout, on ne croise que des fans dans les rues du centre-ville. L'énergie est magnifique et ça donne une telle hâte d'être à l'heure du match.

Et au stade, ici comme dans les autres stades américains que j'ai fait, on est pas du tout dans le cliché du consommateur américain qui fait des A/R pendant le match et qui s'en fout. J'avais un regard peut-être médisant à cause de la NBA (et peut-être à cause de certaines franchises) où il n'est pas rare à la TV de voir un match avec des séquences où il manque la moitié du public dans les tribunes basses. Et où ça peut se terminer dans une ambiance de huis clos si il y a un écart défavorable à la fin.

Non, ici, on est à sa place pour la première manche. Évidemment, un petit flux régulier dans les coursives mais dans la normale. Et je vais même dire : c'est plus assidu que les tribunes latérales d'un match de football au coup d'envoi, avant et après la mi-temps, et à la fin du match. Je le dis en ayant vu les Blue Jays se prendre 7-0 sur le match 4 avec un public qui est resté jusqu'à la fin.

Pour un sport qu'on définit comme "lent" et "long", les fans se comportent comme des passionnés qui ne veulent pas manquer l'action. Et c'est respectueux. Même si aucune règle n'interdit de retourner à sa place pendant une manche, j'en ai vu souvent attendre patiemment le bon moment pour retourner à son siège.

Là encore je m'attendais plutôt à revoir mon expérience de l'US Open où l'américain en a rien à battre et ne fait de l'évènement qu'un prétexte à consommer entre potes.

Pour l'ambiance, évidemment là on oublie l'Europe, la Corée du Sud et le Japon. Ça se vit plutôt comme du foot anglais avec des chants déclenchés aléatoirement par des fans s'ils le veulent. Et ça explose sur les hits, les runs, etc. Mais mieux que les anglais, toute la famille est représentée au stade : les enfants, les hommes comme les femmes, les grand-mères, etc. C'est beau.

Le baseball est un sport de tradition, et parmi celles-ci, le chant lancé en milieu de 7ème manche dans chaque stade : "Take Me Out To The Ballgame".

Et superbe moment vécu après le match de mardi lorsque tout le monde chantait dans les couloirs pour quitter le stade tandis que je remontais pour avoir un aperçu du stade d'en haut.

Sinon, et on s'en réjouit, il n'y a pratiquement aucun spectacle à l'américaine comme en NBA. Deux ou trois apparitions inutiles de pompom-girls d'un niveau médiocre et voilà.

Les publicités/sponsors, absente des maillots, se font discrètes sur les écrans.

Les matchs

Pour quand même revenir sur les matchs, j'ai vécu une très belle première avec une victoire 5-3 qui s'est construite dans la 6ème manche puis consolidée dans la 8ème avec un récent arrivé dans la grande ligue en joueur du match : Brett Bateman qui a réalisé un single, deux doubles et un RBI dans le match.

Mes vidéos du match de mardi sur instagram en cliquant ici.

Pas de scénario favorable sur le match du jeudi avec une défaite 7-0. Mais pour les côtes positifs, la défaite ne s'est faite qu'à partir de la 8ème manche (4 runs/points encaissés). Et ça a permis d'observer sur la fin de 9ème manche la fidélité de tous les spectateurs restants jusqu'au bout, ainsi que d'aller faire un tour de stade pour avoir d'autres perspectives.

Mes photos et vidéos du match de jeudi en cliquant ici.

Quelques autres photos pour mes souvenirs :

L'expérience groundhopping

Étant fan des Blues Jays, mon expérience est forcément biaisée sur ce cas. J'y retournerai, dès la saison prochaine si la saison se joue (risque de lock-out).

De manière plus générale, il y a une aura unique autour de ce sport qui se vit comme un moment suspendu. Les stades de baseball sont les plus beaux stades du Monde. L'identité visuelle des franchises, d'un maillot identique porté depuis des décennies et sans sponsor. L'esprit amical et familial qui entoure un match avec tous les sexes et de tout âge représentés.

Assister à un match, c'est d'une pureté et authenticité que je ne retrouve qu'avec la saison de tennis sur herbe en Angleterre parmi les sports que je fréquente.

Point +

L'atmosphère "Blue Jays" dès le matin en ville.
L'emplacement du Rogers Centre : plein centre, 11/10.
Le stade, sa skyline (CN Tower), son toit, le "musée" des coursives, le bullpen visible.
Des tarifs qui débutent dès 22€, des coursives ouvertes et places debout.
La tolérance sur le règlement intérieur (nourriture et boisson tolérées).
Les offres et prix moins excessifs qu'aux US à l'intérieur.
BRETT BATEMAN.
L'ambiance et la solidarité même sur une défaite cuisante.
Le Temple de la renommée du hockey, must-see des musées sportifs.

Point -

Le match sans attaque de jeudi.